« La paix ne dure que le temps qu’ils rechargent leurs armes » comme le dit la chanson Malheur Malheur de Maître Gims m’a fait réfléchir ces derniers jours. La prise de la ville de Goma en République Démocratique du Congo (RDC) par un groupe armé m’a ramené sur les traces d’une belle ville volcanique qui n’a pas connu une paix durable depuis plusieurs décennies.
J’ai vécu et travaillé à Goma pendant une année en tant qu’humanitaire avec une ONG internationale. Le meilleur souvenir de cette expérience est mon amitié avec Brianca Buhoro. Au sein de l’équipe des urgences humanitaires de cette ONG, j’ai fait la rencontre de Brianca et nous sommes devenus des collègues inséparables partageant des moments de travail intense et des moments de fou rire lors des pauses. Nous étions dans le service de subventions, alors nous avions des tâches quotidiennes similaires. Du lundi au vendredi, nous avions hâte de nous retrouver à 13h autour d’un plat de Sambaza, saucisse, frites, ou poisson frit. On parlait de tout, mais un thème récurrent dans nos conversations était comment atteindre une paix durable pour nos pays africains. Étant du Tchad et elle de la RDC, nos deux pays ont connu des périodes de gloire, mais aussi des guerres qui ont emporté des innocents. Notre travail dans le rapportage, l’élaboration des propositions aux bailleurs et le temps passé dans des villages avec les communautés nous ont fait voir et ressentir les effets dévastateurs de la guerre sur ceux qui ne le méritent pas. Nous avions navigué ensemble les insécurités à Goma ainsi que l’éruption volcanique du Nyiragongo en 2021.
Dès le début des troubles cette année, Brianca me donnait de ses nouvelles et celles de la ville à travers WhatsApp. Il y avait une coupure générale d’électricité et les services internet étaient minimes, mais nous avons pu échanger pendant au moins trois jours avant qu’il y ait un silence lourd. Durant ce silence, je me disais que les téléphones et les batteries externes étaient déchargés. Je gardais l’espoir que tout allait bien et que bientôt, on pourra reprendre contact, mais j’étais secouée. Je passais des heures à écouter les reportages des médias internationaux sur la situation. La pensée de pouvoir repartir à Goma me traversait souvent l’esprit, avec pour but de revoir Brianca.
Deux jours plus tard, elle m’a envoyé un message pour me dire qu’elle se portait bien et qu’elle avait décidé de brièvement sortir de chez elle pour capter un meilleur réseau téléphonique et internet dans un autre quartier. Je me suis demandé où elle trouve cette force de sortir et faire face à cette ville encore sous l’emprise de la peur. Les jours suivants, Brianca partagea des publications sur son blog détaillant ces heures de calvaires. La résilience face à tout.
Écrivaine, blogueuse, mère, épouse, sœur, fille, tante, humanitaire, elle est une dame aux multiples talents qui ne cessent d’œuvrer pour un meilleur avenir en RDC. Elle fait preuve d’une force de femme déterminée. En octobre 2024, elle publia son livre Les marques du parcours et à travers son blog Brie la Plume, elle nous fait découvrir les réalités de ce pays richement béni qui sévit sous une guerre d’avarice. De loin, nous avons continué notre collaboration dans le domaine de l’écriture avec des articles et les discussions autour de nos pays.
La plus grande leçon que je retiens de Brianca est celle de la résilience. Avoir vécu pendant longtemps dans une zone où la paix ne dure pas et pouvoir mener une lutte pour cette paix à travers ses écrits est exceptionnel. Écrire malgré tout, continuer malgré tout, et espérer contre toute espérance.
C’est calme à Goma, mais on se demande pour combien de temps. La guerre a des effets physiques et psychologiques qui affaiblissent les êtres humains. À l’est de la RDC, j’ai vu ces effets et j’ai aussi vu la résilience de mes collègues, amis et celles des communautés. Que faire d’autre que d’espérer qu’une paix durable puisse s’étaler à Goma et aux environs.
En espérant revoir Brianca dans bientôt, je continue à apprendre de sa résilience. Nos expériences dans ces conflits, certes, nous permettrons d’apporter nos contributions à cette paix tant désirée. Nos écrits permettront à la génération actuelle et future de connaître l’histoire de nos pays et de ne jamais baisser les bras dans la recherche de la paix.
Deborah Melom Ndjerareou
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