Ma diplomatie discrète

En grandissant, je passais mes soirées à regarder les informations ou un documentaire avec ma famille sur la télévision du salon. Je regardais ce qui se passait sans vraiment tout comprendre, mais j’avais une idée des événements majeurs. Je connaissais les noms des pays, leurs drapeaux et j’avais un talent pour apprendre les hymnes nationaux. Ma curiosité d’enfant pour le monde, combinée à un amour de la lecture, m’a toujours fait croire que je finirais par travailler sur la scène internationale. Je voulais d’abord devenir hôtesse de l’air, pensant que cela me permettrait de voyager autour du monde, puis j’ai changé d’avis pour devenir Femme d’Affaires lorsque j’ai vu l’une de mes tantes voyager constamment pour son entreprise de vente de pagnes. L’essentiel pour moi était de pouvoir voir dans la réalité les images que je voyais à la télévision et dans les livres. Ma curiosité s’accompagnait de silence. J’aimais passer du temps seule dans un coin, observer plus que parler. Dans mon esprit, il existait un monde où les choses étaient plus calmes que dans le monde réel. J’aimais le silence.

Des années plus tard, lorsque j’ai commencé ma première année d’université, je me suis tournée vers l’étude des langues. On m’avait dit que pour chaque langue que l’on parle, on a une vision différente du monde ; je voulais avoir plusieurs visions et les compétences pour comprendre autant de personnes que possible. Une rencontre fortuite m’a conduite dans le monde humanitaire où j’ai commencé une carrière en gestion de subventions et en éducation. Au cours des sept premières années de ma carrière, j’ai travaillé et vécu au Tchad, au Niger, au Somaliland, en République démocratique du Congo, en Namibie, au Nicaragua, en Jordanie, dans les territoires palestiniens et en République du Congo. Avec chaque expérience de vie dans ces pays, j’ai appris le pouvoir de la diplomatie silencieuse en observant, comprenant et expérimentant les réalités des populations locales. J’ai rejoint le domaine humanitaire avec le désir de soutenir les communautés. Mon approche consiste à observer silencieusement et à poser des questions pour mieux formuler la manière d’apporter un soutien efficace. Je crois qu’être humanitaire et diplomate consiste à percevoir le besoin du point de vue de ceux qui en ont besoin afin de construire des programmes qui leur correspondent réellement. Être un observateur silencieux permet de capter et comprendre cette perspective.

Je travaille dans un domaine qui récompense ceux qui parlent le plus fort dans la salle. Ceux qui aiment s’exprimer sans tenir compte de la validité de leurs propos sont loués pour leur participation. Mon silence m’a souvent mise en position désavantageuse. Je ne parle que lorsque je pense que quelque chose doit être dit, et non pour parler pour parler. Lorsqu’il y a des situations où d’autres se taisent face à une injustice, c’est là que je prends la parole, et on me qualifie alors de “problématique”.

Mon éducation en tant que femme africaine joue également un rôle, car dès le plus jeune âge, on nous apprend à ne pas être trop bruyantes en présence d’autrui dans certaines cultures. Dans ma culture, partager un repas ou être en présence des aînés requiert un certain silence, signe de respect. Ces manières se prolongent, pour certaines d’entre nous, dans la vie professionnelle. Par exemple, je ne peux toujours pas interrompre efficacement une conversation en cours. Je préfère attendre quelques minutes de silence avant d’intervenir. Cela est souvent perçu comme une faiblesse, bien que je ne sois pas d’accord.

En tant qu’humanitaire aujourd’hui et future diplomate, le proverbe africain qui dit que le silence apporte la sagesse des ancêtres résonne en moi. Être silencieuse me permet de réfléchir et d’analyser avec soin avant de répondre à une situation. En annulant le bruit de ceux trop impatients d’entendre leur propre voix, j’écoute et collecte toutes les informations sans me précipiter, ce qui me permet, en quelques phrases, de faire passer mon point de vue. Un silence bien placé dans un groupe est également une manière d’affirmer sa présence sans dire un mot. Mon domaine de travail peut considérer le silence comme un signe de faiblesse, mais je reste convaincue que la diplomatie silencieuse a plus de pouvoir pour résoudre les problèmes que le bruit inutile. Comme le dit le proverbe, le silence me permet de réfléchir intérieurement et de rassembler la sagesse acquise à travers mes expériences de vie internationales pour décider de ce qu’il faut dire ou faire. Je progresse et avance discrètement à travers différentes missions autour du monde, en m’appuyant sur mon silence et ma capacité à observer, analyser et collecter des informations avant de laisser mes mots s’exprimer.

Deborah Melom Ndjerareou

Photo : Deborah Ndjerareou, 11 ans

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