J’ai grandi au Tchad en regardant Rosa Salvaje, une télénovela populaire diffusée une ou deux fois par semaine sur la télévision nationale. C’était un rendez-vous incontournable dans de nombreux maisons. Lorsqu’une coupure d’électricité survenait dans notre quartier, nous nous rendions simplement dans un autre quartier encore alimenté en courant pour rejoindre une famille réunie autour d’un téléviseur. Ce n’est que bien des années plus tard que j’ai appris que cette série venait du Mexique. Produite dans les années 1980, elle avait trouvé le chemin de nos écrans au Tchad plusieurs décennies après sa création.
Cette année, j’ai enfin eu l’occasion de visiter le Mexique pour la première fois et de découvrir un pays connu dans le monde entier pour sa riche culture, ses traditions vibrantes, sa cuisine savoureuse et la chaleur de ses habitants.
J’ai atterri à Mexico tôt le matin et pris un taxi jusqu’au centre-ville, où j’avais réservé mon hébergement. Après m’être installée et avoir pris le temps de me reposer un peu, je suis sortie pour commencer à explorer la ville et respirer mon premier souffle du Mexique.
À seulement deux pâtés de maisons de mon immeuble, je me suis retrouvée sur une avenue animée, remplie de passants. J’ai appris plus tard que le centre historique de Mexico est presque toujours en effervescence, du petit matin jusque tard dans la nuit. En marchant, je mémorisais soigneusement chaque tournant et chaque point de repère. C’est une habitude que j’ai développée lorsque je visite un endroit pour la première fois.
Ma promenade m’a finalement conduite à la grande place située devant le Palais des Beaux-Arts. L’une des institutions culturelles les plus importantes du Mexique, cet édifice a été construit entre 1904 et 1934. Son architecture majestueuse, surmontée d’un dôme aux reflets dorés et orangés, a immédiatement attiré mon regard. Le marbre qui entoure la place ajoute encore à la grandeur du lieu, créant un espace à la fois élégant et accueillant.
À proximité, j’ai remarqué une foule animée dans ce qui semblait être un petit parc. Intriguée, je m’en suis approchée et ai découvert des dizaines d’étals proposant des spécialités mexicaines traditionnelles. Il y avait des tacos, des viandes grillées, des churros, des beignets enrobés de sucre à la cannelle, de l’elote (mais) garni d’épices et de sauces, ainsi que de l’horchata une boisson rafraîchissante préparée à base de riz, de cannelle, de sucre et de vanille. Désireuse de découvrir la culture locale à travers sa gastronomie, j’ai acheté un peu de tout et me suis offert un véritable festin improvisé en milieu de matinée. Au cours de mon séjour, je suis revenue plusieurs fois dans ce secteur, autant pour la nourriture que pour les souvenirs.
Mexico est également une ville de musées. Bien que j’en aie visité plusieurs, celui qui m’a le plus marquée est le Musée national d’anthropologie. Le musée retrace l’histoire du pays à travers différentes civilisations et périodes grâce à d’importantes collections archéologiques et ethnographiques. Les expositions abordent des thèmes variés allant du peuplement des Amériques à la civilisation maya, en passant par les langues, les textiles, les pratiques culturelles et la vie quotidienne.
En passant d’une exposition à l’autre, je me suis surprise à réfléchir à quel point l’humanité est profondément connectée. Dans les espaces consacrés aux habitations traditionnelles et à la vie quotidienne, j’ai observé des mortiers et pilons, des poteries, des pierres de broyage et des aménagements domestiques étonnamment similaires à ceux que l’on retrouve dans de nombreuses régions d’Afrique. Les colliers, perles et autres ornements exposés me rappelaient ceux portés depuis des générations dans certaines régions d’Afrique australe. Ce fut un moment de reconnaissance particulièrement fort, l’un de ces instants rares qui nous font comprendre que, malgré les océans et les continents qui nous séparent, de nombreux fils de l’histoire humaine demeurent intimement liés.
Le quatrième jour, j’ai participé à une excursion guidée à Teotihuacán, une ancienne cité mésoaméricaine pré-aztèque située à environ cinquante kilomètres de Mexico. Souvent surnommée la « Cité des Dieux », Teotihuacán est l’un des sites archéologiques les plus importants des Amériques.
La visite nous a offert un aperçu fascinant de l’histoire de la cité, des divinités vénérées par ses habitants, des cultures qui assuraient leur subsistance et de la manière dont ils utilisaient les éléments naturels comme le soleil et le vent dans leur quotidien. Les pyramides monumentales de la ville témoignent d’une société sophistiquée et hautement organisée. Les deux structures les plus impressionnantes sont la Pyramide du Soleil et la Pyramide de la Lune.
Les visiteurs peuvent gravir une partie de la Pyramide du Soleil. Bien que l’ascension soit raide et que j’aie ressenti toutes les peurs possibles en chemin, j’ai finalement atteint le sommet et été récompensée par une vue spectaculaire sur l’ensemble du site s’étendant dans la vallée.
Un autre moment marquant de la visite fut la démonstration consacrée à l’obsidienne, cette roche volcanique utilisée par les civilisations anciennes pour fabriquer des outils, des ustensiles, des armes et du matériel agricole. Aujourd’hui encore, l’obsidienne est utilisée dans la confection de bijoux et d’outils spécialisés. Selon les traditions mésoaméricaines, elle aurait le pouvoir de repousser les énergies négatives et d’apporter de la clarté à l’esprit et à l’âme.
L’excursion nous a également permis de découvrir l’agave, une plante qui occupe une place importante dans la culture mexicaine. Il existe de nombreuses variétés d’agave, et chacune nécessite plusieurs années de croissance avant d’être récoltée. Lors d’une démonstration en direct, une habitante de la région nous a montré comment les différentes parties de la plante sont utilisées pour fabriquer du papier, des textiles, des cordes et des spiritueux tels que la tequila. Ce qui m’a le plus fascinée est la polyvalence de cette plante. Un seul agave peut fournir des matériaux pour de multiples usages, ce qui en fait à la fois un symbole culturel et une ressource précieuse qui soutient les communautés depuis des siècles.
Lors de mon dernier jour à Mexico, j’ai assisté à une représentation du Ballet Folklórico de México au Palais des Beaux-Arts. Pendant près de deux heures, les danseurs ont présenté une série vibrante de spectacles traditionnels reflétant l’histoire du pays, les identités régionales, les luttes politiques et les influences culturelles qui ont façonné le Mexique.
À travers la musique et la danse, ils ont recréé des épisodes de la Révolution mexicaine et illustré l’influence des traditions européennes sur la culture mexicaine. Ce fut une manière magnifique et immersive d’en apprendre davantage sur le pays. Le moment le plus marquant est arrivé à la fin, lorsque les artistes ont interprété Cielito Lindo, la célèbre chanson folklorique mexicaine composée en 1882 par Quirino Mendoza y Cortés. J’avais découvert cette chanson des années auparavant lors de mes cours d’espagnol au lycée. L’entendre interprétée en direct au Mexique fut donc à la fois nostalgique et profondément émouvant.
J’ai un jour entendu quelqu’un dire que le voyage permet de découvrir l’histoire cachée d’un lieu. Cette idée m’a accompagnée tout au long de mon séjour à Mexico. Avant mon arrivée, ma perception du Mexique était façonnée par la télévision, les livres et les récits des autres. Au moment de mon départ, ces images lointaines avaient laissé place à des expériences vécues : les arômes de nourriture flottant sur les places animées, les échos de l’histoire préservés dans les musées et les sites archéologiques, le rythme des danses traditionnelles et ces moments inattendus de connexion qui rappellent tout ce que les êtres humains ont en commun.
Le Mexique s’est révélé à moi non seulement comme un pays à l’histoire et à la culture remarquables, mais aussi comme un lieu où le passé et le présent coexistent de manière fascinante. Ce voyage m’a rappelé que voyager ne consiste pas simplement à découvrir de nouveaux endroits. C’est aussi chercher à comprendre les autres, remettre en question certaines idées préconçues et retrouver des fragments de nous-mêmes dans des horizons inconnus.
Il reste encore tant de choses du Mexique que j’espère découvrir un jour. Pour l’instant, je repars avec des souvenirs dont l’histoire a commencé avec une télénovela regardée pendant mon enfance au Tchad et qui a trouvé son aboutissement, des décennies plus tard, dans les rues de Mexico. Certaines aventures commencent bien avant que nous en ayons conscience, et celle-ci en faisait partie.
Deborah Melom Ndjerareou













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