Pour moi, la plus belle chose lorsqu’on voyage à travers le monde, ce sont les personnes que l’on rencontre et les amitiés que l’on noue. Certaines personnes, on ne les reverra peut-être jamais, mais on peut garder le contact avec elles toute une vie. Ces personnes rendent le voyage plus intéressant et lui donnent davantage de sens.
J’ai passé plus d’un an à vivre et à travailler au Burkina Faso et je m’y suis fait de nombreux amis au fil du temps. Parmi eux, une réalisatrice nigérienne qui porte les histoires africaines au monde.
J’ai rencontré Amina Abdoulaye Mamani par l’intermédiaire d’amis, et il n’a fallu que quelques minutes pour que notre conversation devienne naturelle, ponctuée de sourires et de rires. Au fil de nos rencontres, j’ai progressivement découvert qu’elle évoluait dans le milieu du cinéma, tandis que mes propres recherches m’ont permis de découvrir un parcours et une œuvre dont elle-même parle rarement. Un travail qui reflète une culture, une connaissance approfondie de l’art et une véritable passion pour raconter des histoires du Niger et du continent africain.
Ce qui m’a toutefois frappée, c’est qu’Amina ne se contente pas de raconter des histoires sur sa culture ; d’une certaine manière, elle l’incarne. On la voit souvent dans des interviews, coiffée de son turban et parlant de la culture nigérienne et sahélienne. Il y a quelque chose d’intentionnel dans cette manière de se représenter. Elle porte des éléments de son identité culturelle dans les espaces où elle raconte ces histoires, faisant ainsi de sa propre présence une partie du récit. À travers son travail et la manière dont elle se présente, Amina nous rappelle que raconter des histoires africaines ne consiste pas seulement à choisir ce que nous voulons raconter, mais aussi à réfléchir à qui raconte l’histoire, comment cette personne la porte et comment elle choisit de la présenter au monde.
Originaire du Niger, elle est aujourd’hui basée au Burkina Faso, où elle travaille dans la production cinématographique. Au fil de nombreuses tasses de thé, nos conversations autour de la littérature africaine, du cinéma et de la production ont approfondi ma compréhension de cet univers et m’ont fait apprécier encore davantage l’art.
Elle a étudié la réalisation cinématographique à l’École de cinéma du Niger ainsi qu’à l’École supérieure des sciences de la communication et des médias (ESSCOM), avant de suivre des formations intensives en France et au Sénégal.
Fille du célèbre écrivain nigérien Abdoulaye Mamani, Amina est une conteuse de deuxième génération. Son père est notamment connu pour son roman Sarraounia (1980), qui raconte la bataille précoloniale opposant la reine Sarraounia aux forces coloniales françaises, parmi d’autres œuvres. Il a également écrit Les divagations d’un nègre hippy, dans lequel il explore les personnages afro-américains après la guerre du Vietnam et raconte des histoires qui se déroulent entre Rome et Paris. Son œuvre propose notamment une réflexion comparative entre les populations africaines et afro-américaines, explorant les liens entre deux peuples unis par leurs origines.
Abdoulaye Mamani fut une figure majeure de la littérature nigérienne et de la région ouest-africaine, ainsi qu’un militant engagé dans la lutte pour l’indépendance du Niger. Aujourd’hui, son œuvre continue de toucher de nouveaux publics à travers Amina, qui a réalisé un documentaire consacré à sa vie et à son travail.
Amina, calme de nature et profondément réfléchie, est quelqu’un que j’en suis venue à appeler « la fille de mon père ». Lorsqu’elle a rencontré mon père, leurs conversations autour de la passion, de l’histoire africaine et de l’importance de la représentation ont profondément résonné en moi. Pourtant, à sa manière, empreinte d’introspection, elle donne vie à des histoires contemporaines, profondément ancrées dans notre quotidien d’Africains.
J’ai un jour assisté à la projection de son court-métrage L’Envoyée de Dieu (2022), qui explore les réalités auxquelles sont confrontées les communautés vivant dans des zones touchées par les conflits. Le film mettait en scène une jeune actrice qui faisait ses débuts et qui, en quelques minutes seulement, a su transmettre des émotions de force, de peur et de résilience, laissant le public captivé et suspendu à l’écran.
Elle a également produit Le Silence des papiers (2014), l’histoire de son père racontée à travers ses écrits, qui a constitué le prélude à un documentaire plus long intitulé Sur les traces de Mamani Abdoulaye (2019). Elle a également coproduit Taajabone (2021).
Ses œuvres ont été sélectionnées dans plusieurs festivals de cinéma en Afrique et en Europe, et elle a remporté le prix FESPACO du documentaire en 2013, entre autres distinctions.
On pourrait dire que la douceur et la discrétion vont de pair avec son art. Amina a un regard particulier sur l’art : celui de saisir les émotions qui traversent ses histoires et de les transmettre à son public.
Amina a encore de nombreuses histoires visuelles à raconter, et je suis certaine qu’elle continuera à emmener les spectateurs dans un voyage à travers l’Afrique. Comme elle le dit en tant que réalisatrice, les idées et les possibilités sont infinies.
Elle porte avec elle un héritage profondément enraciné dans la narration, l’histoire et la représentation de l’Afrique sur la scène internationale. Mais elle est également en train de construire son propre héritage, une histoire à la fois. Je suis heureuse de pouvoir dire que je connais Amina personnellement et je me réjouis de continuer à apprendre de son art, de son regard et de sa passion pour la narration visuelle africaine.
Deborah M. Ndjerareou
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