Rire de nous-mêmes : les stéréotypes africains et les histoires que nous nous racontons

La semaine dernière, alors que je parcourais les réseaux sociaux, je suis tombée sur une vidéo publiée par un créateur de contenu kényan, qui mettait en lumière certains stéréotypes que nous entretenons sur les pays africains. Ces stéréotypes viennent du monde entier, mais ils existent également au sein même du continent.

J’ai regardé cette vidéo plusieurs fois et j’ai ri aux éclats. Avec beaucoup d’humour, les différentes scènes mettaient en images ce que beaucoup d’entre nous imaginent de la vie dans différents pays africains. Et le coupable n’est peut-être autre que les médias traditionnels.

Dans la vidéo, les Kényans courent à toute vitesse tout en accomplissant leurs tâches habituelles ou simplement en vaquant à leurs occupations quotidiennes. En Tanzanie, les gens peinent à prononcer des mots simples en anglais. Au Nigeria, des escrocs travaillent sur leurs ordinateurs portables dans différents endroits de la ville, même lorsqu’ils sont occupés à leurs activités quotidiennes.

En Somalie, les gens tirent à la kalachnikov pendant qu’ils font leurs courses, jouent au football ou même lorsqu’ils sont chez eux. En Afrique du Sud, un Africain se fait chasser du pays. Et en République démocratique du Congo (RDC), les gens dansent le ndombolo partout, peu importe ce qu’ils sont en train de faire.

Ce qui est drôle dans cette vidéo, c’est qu’elle a été réalisée par des Africains eux-mêmes. Le temps d’un instant, elle nous permet de rire aux éclats des idées préconçues que nous entretenons sur nos compatriotes du continent. Mais derrière l’humour se cache une question qui mérite réflexion : d’où viennent ces stéréotypes et dans quelle mesure influencent-ils la façon dont nous nous percevons les uns les autres ?

Prenons l’image des Kényans qui courent partout. Elle est liée à leur extraordinaire talent pour les courses de fond et à leur présence régulière dans les compétitions sportives internationales, notamment aux Jeux olympiques. Cette réputation est également partagée par les Éthiopiens, qui se sont eux aussi distingués dans les courses de fond. Au fil du temps, ces exploits sont devenus si étroitement associés à ces pays qu’ils ont fini par alimenter les stéréotypes populaires.

Il n’est pas rare de recevoir des courriels indésirables d’un prétendu prince africain qui souhaite partager sa fortune avec vous, à condition que vous lui envoyiez d’abord une certaine somme d’argent. Ces arnaques peuvent provenir de différentes régions du monde, mais beaucoup ont été associées au Nigeria. Pourtant, le Nigeria, pays riche en pétrole, ne se résume pas aux escrocs. C’est une véritable puissance dans les domaines de la musique, du cinéma, de la télévision, de la technologie et bien d’autres encore. Ses industries créatives influencent les publics à travers le continent et bien au-delà. Malgré cela, pour certaines personnes, l’image de l’escroc nigérian reste plus familière que toutes ces autres réalités.

En Tanzanie, la difficulté à prononcer l’anglais constitue un autre stéréotype qui mérite que l’on s’y attarde. Cela nous rappelle que notre façon de parler peut facilement devenir un sujet de moquerie, alors même qu’elle en dit très peu sur qui nous sommes ou sur ce dont nous sommes capables.

Et puis, il y a la Somalie. Aujourd’hui, à Mogadiscio, on peut s’installer à la terrasse d’un café sur un toit et savourer une tasse de café tout en profitant d’une vue magnifique sur la mer bleue. On peut passer des heures à déambuler entre des étals proposant toutes sortes de produits imaginables. Depuis des décennies, l’image de ce pays est façonnée par les conflits, influençant ainsi les perceptions de ce que doit être la vie sur place. Les défis restent nombreux, mais la Somalie est aussi un pays qui se construit et se reconstruit, avec des Somaliens désireux de voir leur pays prospérer. Il existe toute une vie au-delà des images de violence qui ont dominé l’actualité internationale.

L’Afrique du Sud, quant à elle, nous confronte à une réalité plus inconfortable. En 2026, les images d’Africains chassant d’autres Africains d’Afrique du Sud ont une nouvelle fois mis en lumière les violences contre les migrants. Ces incidents ont alimenté les tensions et fragilisé les relations entre l’Afrique du Sud et d’autres pays africains, notamment le Nigeria et le Ghana. Le chômage et la concurrence autour de ressources limitées figurent parmi les facteurs souvent évoqués pour expliquer ces attaques, sans pour autant justifier les violences contre les migrants.

Ces événements soulèvent des questions difficiles sur notre attachement à l’idéal panafricain. Comment pouvons-nous parler d’unité africaine alors que certains Africains sont considérés comme indésirables dans d’autres pays du continent ? Il existe aussi des Sud-Africains qui prennent la défense des migrants, militent pour leur protection et refusent de participer à leur expulsion. La réalité, comme toujours, est bien plus complexe que les stéréotypes.

Et puis arrive la République démocratique du Congo, avec sa musique et ses danses. Quelle que soit l’occasion, nous, Africains, aimons danser, et nous le faisons avec passion. En RDC, la danse occupe une place centrale dans l’expression culturelle. Les musiciens congolais produisent des morceaux entraînants qui font danser des gens partout dans le monde. Bien sûr, Koffi Olomidé fait partie de ces artistes incontournables qui résonnent dans les foyers africains depuis des décennies.

C’est la partie qui m’a fait le plus rire, et elle concluait merveilleusement bien la vidéo. Au-delà de ses danseurs et musiciens extraordinaires, la RDC est un pays qui, dans des conditions favorables, pourrait contribuer à nourrir l’ensemble du continent. Mais quelle belle manière de montrer, au sens figuré, que quelles que soient les circonstances, les Africains savent profiter de la vie et rire d’eux-mêmes.

Et c’est peut-être ce qui rend cette vidéo si intéressante. Ces stéréotypes sont souvent liés à une part de réalité, passée ou présente. Mais aucune de ces réalités ne définit à elle seule un pays tout entier ou ses habitants.

La capacité à rire de ces stéréotypes est aussi une occasion de reconnaître les schémas de pensée qui les sous-tendent et de réfléchir aux réalités qui les ont façonnés. L’humour nous aide à comprendre à quel point il est facile de réduire des populations entières à une seule caractéristique, en oubliant les nombreuses histoires, expériences et contradictions qui composent une nation.

Grâce à ce créateur, cette vidéo nous offre également une occasion d’apprendre. Elle nous invite à questionner les images que nous consommons, les idées reçues dont nous héritons et la manière dont nous reproduisons ces perceptions entre nous. Parfois, nous sommes tellement habitués à ces stéréotypes que nous oublions de les remettre en question. Nous en rions parce que nous les reconnaissons, mais nous devrions aussi nous demander pourquoi ils existent et quelles réalités ils occultent.

La leçon la plus importante est peut-être que nous pouvons rire de nous-mêmes sans laisser ces stéréotypes nous définir. Nous pouvons reconnaître les réalités qui se cachent derrière eux tout en laissant de la place aux nombreuses autres histoires qui méritent d’être racontées.

Espérons donc que nous verrons davantage de vidéos de ce genre consacrées à d’autres pays africains. J’imagine déjà à quoi pourrait ressembler une scène humoristique sur le Tchad. Elle montrerait peut-être des Tchadiens têtus, en train de se chamailler dans les rues ou de se lancer dans des débats animés tout en vaquant à leurs occupations quotidiennes. Alors là, je serais morte de rire !

Crédit vidéo : TalesofthecrazyKennar

Deborah Melom Ndjerareou

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